L’INVITE DU MOIS

Marc Sassier

Voyez l’interview de Marc Sassier, Oenologue, Maître de chai de la distillerie Saint-James, Président de la Commission de Dégustation du syndicat de défense de l’Appellation d’Origine « Rhum Agricole Martinique »…

Pourquoi faut-il défendre l’AOC Martinique ?

1/ Une A.O.C. est une reconnaissance de notoriété incluant terroir, savoir-faire et reconnaissance d’une différence qualitative. Avec une des cannes les plus chères du monde, arriver sur un marché mondial sans distinction ne permettrait pas de survivre économiquement. C’est pourquoi par notre différence de process, qui vaut aussi pour les IG françaises de rhum, nous avons des rhums plus aromatiques que le style anglais ou espagnol et sans ajout de sucre et d’aromatisation (devenant alors punch ou liqueur), faisant de nos rhums un monde à part.

En A.O.C. Martinique nous allons encore plus loin puisqu’extraction à froid, pas d’extraction sur la colonne… ce qui offre le rhum le plus naturel possible, notre rhum Agricole A.O.C. Martinique.

Fort de ce succès, on voit apparaître « agricole » dans le monde, qui non traduisible en l’état, montre bien son origine première. De plus, nous avons des dépôts du nom Martinique dans la section spiritueux, de divers pays où la France a dû défendre notre A.O.C. (Inde, Chine,… et plus récemment Mexique), ce n’est donc pas anodin. Et Martinique réservé au seul rhum agricole A.O.C. fait parfois l’usage d’usurpation par des rhums qui n’en sont pas mais voudraient le faire croire. Il nous faut donc être vigilant. Alors comme Clairin évoque Haïti, Cachaça le Brésil, Agricole doit évoquer les seuls DOM français producteurs et Madère conformément au Règlement européen,

Quel est le produit St JAMES dont vous êtes le plus fier ?

2/ Pas de fierté personnelle, car c’est un travail à chaque étape avec des métiers dédiés où chacun à son rôle même si on ne voit le plus souvent que la « collerette » de l’iceberg…

L’assemblage quand il y en a, vient en bout de process et je l’espère, sert à sublimer le travail en amont. Ce qui me surprend c’est d’élaborer ces produits et que l’engouement est au rendez-vous… Malgré son âge avancé, St James reste une marque ancrée dans son époque qui a su restée fidèle à ses origines.

Relatez-nous votre rencontre avec le Saint-James 1885 ?

3/ Ma rencontre avec le St James 1885… eh bien un premier contact en touchant la bouteille pour la déguster ensuite. 😋

Trêve de plaisanterie, c’est une magie un peu particulière d’être confronté à un rhum qui a passé plus d’un siècle en bouteille et conservé méticuleusement pour arriver jusqu’à nous… avant  1902 ! Ce qui fut le plus surprenant c’est de découvrir organoleptiquement le 1885. D’une part par ses notes de vesou cuits, caractéristiques de ce qui était le procédé St James à l’époque (cf. Pairault 1903) mettant en œuvre la pasteurisation à l’époque même de Pasteur, et d’autre part par une concentration unique que l’on ne retrouve actuellement qu’au-delà de 17 ans dans nos fûts. Cette dernière est tellement marquée que lorsque l’on a fait la bouteille prestige des 250 ans (où ce millésime se mêle au 1934, 1952, 1976 sur une base de 1998 et de 2000), et dès qu’il y fut ajouté, le blend a pris un tout autre goût en proportion de la quantité introduite.

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